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affiche Dieu existe, son nom est Petrunya

Dieu existe, son nom est Petrunya

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Un film de Teona Strugar Mitevska ,
Avec Zorica Nusheva, Labina Mitevska,

Genre : Drame psychologique
Durée : 1h40
Croatie

En Bref

Petrunya est une jeune fille bien dans sa peau, ne s’en laissant pas compter par sa rondeur et le regard des autres. Elle possède un tempérament de feu dans une Macédoine encore sous le joug du machisme. Avec son diplôme d’historienne, elle peine à trouver du travail dans un pays qui en manque. Une fois de plus rejetée, disgraciée, elle se prend d’un coup de folie sur le chemin du retour. Chaque année, une procession s’étire jusqu’à la rivière. Le pope balance une croix dans les flots. Les hommes se jettent dans le tumulte pour attraper celle-ci. Le premier à s’en saisir est marqué du sceau du bonheur pour toute l’année. Cette année, c’est notre Petrunya qui s’empare de la relique et refuse de la rendre. Le pope est bien embêté car Dieu ne donne aucune consigne dans ce cas. La communauté des mâles est pleine de fureur car selon eux, seul un homme a le droit à l’année de bonheur. La petite ville se partage en plusieurs camps, les pour, les contre et ceux qui s’en foutent. La présence d’une journaliste féministe donne à l’affaire une dimension nationale, voire internationale. Elle place ce petit village sous le regard du monde. Convoquée au commissariat, Petrunya cédera - ou pas.    


Il existe un cinéma macédonien et une jeune réalisatrice prometteuse qui nous offre un premier film percutant et militant. C’est avant tout la figure d’une jeune femme que ses formes ne placent pas en haut de l’affiche. Dans une première partie, on découvre une Petrunya pétillante et pleine de rage prête à vaincre le monde. Elle est en conflit avec sa mère un peu envahissante et prisonnière des traditions. Il n’est donc pas simple pour la pauvre Petrunya de trouver sa place quand peu de gens la soutiennent. La condition féminine ne se retrouve pas non plus au top cinquante des préoccupations. Dans ce contexte, en bousculant les traditions ancestrales, en s’emparant de la croix, elle remet en cause la société. Celle-ci est le symbole d’un pays qui ne se remet pas en question. Le film se joue de l’espace.

Dans une première partie Petrunya avance libre et rebelle avec son amie. Elles sont la Macédoine de demain, comme la journaliste Slavica. Toutes les trois, à leur façon, brisent les archaïsmes dépassés d’un univers qui rechigne à évoluer. La séquence d’embauche est un petit bijou de la double, triple discrimination de l’héroïne, femme, physique, et intellectuelle. En s’emparant de la croix, elle revendique une place entière au sein de la société. La seconde partie est un huis clos dans le  commissariat. Les forces de l’ordre, comme leur nom l’indique, ne veulent pas de ce chaos. Le pope, la figure de la religion, est tout aussi démuni. Dieu n’a jamais dit qu’une femme ne pouvait pas conquérir la fameuse croix. On comprend combien ce sont les hommes qui décidaient de tout. Petrunya, face à ses délateurs, offre une résistance non violente. Elle qui n’a jamais rien eu, rejetée de tous, possède aujourd’hui une voix.

C’est une voix à entendre, s’accrochant à la vérité. Elle est dans son bon droit. C’est celui d’exister à sa manière sans subir le poids d’hier. À la fin, croix ou pas, elle aura, dans cette route initiatique, trouvé sa place et sa raison de vivre. Le film repose sur une mise en scène sobre saisissant l’âme de son histoire pour se laisser porter par elle. De la petite silhouette perdue sur le chemin, on termine par des celle d’une jeune fille accomplie s’éloignant seule dans la nuit. Elle peut affronter les ténèbres, elle n’a plus peur et au loin, le soleil commence à percer. Entre les deux, dans le huis clos, c’est le gros plan qui prédomine pour capter la vérité et le mensonge, la manipulation de tous. Le film doit beaucoup à ses actrices, Zorica Nusheva excellente, exceptionnelle, et les autres figures féminines, la copine, la journaliste et la mère, tout aussi fortes et magnifiquement jouées.

Patrick Van Langhenhoven

Note du support : n/a
Support vidéo :
Langues Audio :
Sous-titres :
Edition :


Titre : Dieu existe son nom est Petrunja

    Titre original : Gospod postoi, imeto i' e Petrunija

    Titre international : God Exists, Her Name Is Petrunija

    Réalisation : Teona Strugar Mitevska

    Scénario : Teona Strugar Mitevska], Elma Tataragic

    Casting : Kirijana Nikoloska

    Direction artistique : Zeljka Buric

    Costumes : Monika Lorber

    Photographie : Virginie Saint-Martin

    Montage : Marie-Hélène Dozo

    Production : Sébastien Delloye, Marie Dubas, Zdenka Gold, Danijel Hocevar, Elie Meirovitz, Labina Mitevska

    Sociétés de production : Deuxième Ligne Films, Entre Chien et Loup, Sister and Brother Mitevski, Spiritus Movens, Vertigo

    Sociétés de distribution : Moving Turtle, Trigon-film

    Pays d'origine : Macédoine du Nord, Belgique, France, Croatie,  Slovénie

    Langue : Macédonien

    Format : Couleurs - 2,35:1 - DTS / Dolby Digital - 35 mm

    Genre : Drame

    Durée : 100 minutes (1 h 40)

    Dates de sortie en salles : 1er mai 2019

Distribution

    Zorica Nusheva : Petrunija

    Labina Mitevska : Slavica

    Stefan Vujisic : l'officier Darko

    Suad Begovski : le prêtre

    Simeon Moni Damevski : l'inspecteur-chef Milan

    Violeta Sapkovska : Vaska

    Petar Mircevski : Stoyan

    Andrijana Kolevska : Blagica

    Nikola Kumev : l'officier Vasko

    Bajrush Mjaku : le procureur

    Xhevdet Jashari : Boykan, le cameraman

    Vladimir Tuliev : Stefan, le barman