L'acteur charismatique joue ici Joey, un ancien soldat des forces spéciales britanniques qui revient au pays après un incident fatal qui l'a laissé clairement souffrant du syndrome de stress post-traumatique. Il boit beaucoup, souffre de crises delirium tremens aux cours desquelles il se voit attaqué par des colibris agissant comme de minuscules drones (Hummingbird, colibri en anglais, est le titre du film aux Etats-Unis). Vivant de la charité et de la soupe populaire fournie par Sœur Cristina (Victoria Bewick), Joey trouve un bref réconfort auprès d'Isabel, sans- abri comme lui. Mais ils seront vite séparés suite à l'agression de deux voyous. Trop faible, il ne doit son salut que dans la fuite, et n'aura de cesse de chercher à savoir ce qu'il est advenu d'Isabel.
L'intrigue de Crazy Joe s'étale sur une dizaine de mois, et voit le personnage principal changer de vie, empruntant celle d'un riche homme d'affaires parti jusqu'en octobre vivre à New-York. En empruntant son appartement et ses vêtements, s'offre à lui une sorte de nouvelle carapace et il puise dans cette opportunité de changement les moyens de se racheter. Redemption est d'ailleurs le titre original de ce film. Tentant de retrouver Isabel, il se rapproche de Sœur Cristina qu'il tente de remercier à sa manière, il se noue entre eux une étrange relation. Le public qui s'attendrait de par la présence de Jason Statham à un film d'action, surtout connu pour ses rôles dans la série des Transporteurs, sera déçu. Si nous avons bel et bien affaire à un thriller, c'est la profondeur psychologique des personnages et leurs tourments qui sont mis en avant et qui portent le scénario. Statham est d'ailleurs ici surprenant et convainquant dans son jeu trouble et insaisissable. Qui est le vrai Joe? Cet homme de main qu'il est devenu au service de la mafia, violent et froid, prêt à toutes les violences, ou ce père de famille inquiet et obsédé de ce que sa fille ne pense pas de lui qu'il fut un mauvais homme? Ses révélations finales à Sœur Cristina attestent d'un bon scénario, ce personnage de religieuse porte d’ailleurs lui aussi douleur et désir de rédemption.
Le réalisateur scénariste Steven Knight, qui a déjà exploré des thématiques semblables dans ses scénarii pour Les promesse de l'aube et Dirty Pretty Things - Loin de chez eux, affiche une bonne maîtrise du milieu de la pègre, ainsi qu'un don pour explorer l'ambigüité morale. Il film Londres dans tout ce qu'elle peut avoir d'effrayant et d'injuste, ses buildings de nuit, ses quartiers sordides, et utilise à juste dose les plans pris depuis des caméras de surveillance. L'on sait que la capitale britannique est la mieux dotée de ces appareils au monde. Knight extrait des talents inconnus de Statham qui dans Crazy Joe révèle un jeu et une richesse qu'on ne lui connaissait guère. Statham est parfaitement convaincant en homme brisé qui serpente jusqu'à se briser encore davantage. Regardez au-delà de l'aspect général, et ce film follement imparfait semble avoir une âme rare .
Gregory Germanais
Bonus:
Making of (7')
Bandes-annonces
Contenu DVD-Rom
Liens Internet