Camille, est belle, intelligente et naturellement supérieure au commun des mortels. A 30 ans, elle réalise que gâcher son énorme potentiel dans les petits boulots ne peut plus durer. Sa vie rêvée, être rentière. Pour enfin avoir le destin à la hauteur de sa magnificence, elle devient Camilla et part à Londres pour se marier avec le prince Harry d’Angleterre (qui, elle en est certaine, tombera immédiatement sous son charme).
La peste préférée de la chaine cryptée arrive sur grand écran et avec elle, son toupet, son bagou et, disons-le franchement, sa grossièreté. Connasse, Princesse des cœurs reprend exactement les mêmes ingrédients de la mini-série : un personnage principal odieux qui malmène des braves gens lors de caméra cachées plutôt salées. La Connasse enchaine les sketchs pour mener à bien sa mission et joue au passage avec de nombreux clichés français comme anglais au travers de séquences plutôt inégales, tantôt hilarantes, tantôt plates, tantôt gênantes (pour les moins fans du genre).
Débarqué sans tambours ni trompettes – la promo n’a pas fait de vagues et les attachés de presse ont été frileux quant à montrer le film à la presse –, Connasse, Princesse des cœurs déboule donc, avec égo plombant et escarpins de 12 cm, dans les salles sombres. Les deux créatrices de la série, Eloïse Lang et Noémie Saglio (coscénariste du moyen Toute première fois), ont choisi pour l’occasion de parachuter leur Connasse dans une quête ultime : la vie superficielle de rentière. Un postulat assez faible, loin d’être à la hauteur du personnage puisqu’on a du mal à croire qu’avec son mépris légendaire et au prix de nombreux efforts, elle ne réalise pas plus tôt que la royauté ne lui convient pas (c’est ringard, vous comprenez).
Bref, le procédé, ici, reste anecdotique. Tout l’intérêt de la besogne va alors se limiter à une unique personne : Camille Cottin. Entourée de matériels de prise de vue et de son proches du système D, la peste livre une performance ultime, truculente et toujours bluffante. En 1h20 de temps, Camille Cottin nous donne une vraie leçon d’adaptation comique, aussi bien dans le texte que dans l’expression corporelle. Il faut savoir que le film, contrairement aux apparences, a été écrit de bout en bout, mot à mot, avec plusieurs versions de scénario selon les réactions des piégés. L’actrice n’avait donc presque aucun champ libre pour l’impro et devait choisir la bonne ligne de texte selon la réaction de son interlocuteur. De ce côté, on n’est pas déçu, la connasse est fidèle à elle-même. D’autant que, pour son passage sur grand écran, l’enchainement des sketchs se fait sur un fil rouge plutôt bien pensé et sans trop de dégâts côté histoire.
Par contre, le procédé met sérieusement à l’épreuve la technique. Conscient des impératifs de la caméra cachée, on en vient vite à se questionner autour du montage, des prises de vues, des répétitions, de la réalisation… jusqu’à douter de la crédibilité de certains sketchs. Surtout lorsqu’on se retrouve face à la faiblesse de Connasse, princesse des cœurs : son rythme. Inévitablement, la qualité des sketchs est inégale, certains sont moins percutants que d’autres (la connasse chez les militaires par exemple), et malgré toute la volonté et le culot de la performeuse, ils plombent quelques peu la besogne.
Dans la droite lignée de la série, Connasse, princesse des cœurs devrait ravir les fans du franc parler de Cottin. Audacieux, bien écrit, mais inégal, le film s’apprécie comme un ersatz télévisuel projeté sur une toile blanche, un show survolté dispensé par une actrice surprenante dans un rôle qui risque de lui coller à la peau toute sa carrière. Il n’est donc pas vraiment question de cinéma, mais ça, vous le saviez déjà.
Eve Brousse
bONUS/
Scènes coupées commentées par les réalisatrices
Teasers
Bande-annonce
Titre original : Connasse, princesse des cœurs
Réalisation : Noémie Saglio1 et Éloïse Lang2
Scénario : Noémie Saglio et Éloïse Lang
Costumes : Béatrice Lang
Photographie : Thomas Brémond
Son : David Amsalem
Montage : Sandro Lavezzi
Musique : Fred Avril
Producteur : Cyril Colbeau-Justin - Jean-Baptiste Dupont - Sidonie Dumas - Eloïse Lang
Producteur exécutif : David Giordano
Superviseur de la production : Mathieu Cauvin
Producteur associé : Cyril Haugue
France : Gaumont Distribution
Pays d'origine : Drapeau de la France France
Langue originale : français
Format : couleur
Genre : Comédie
Durée : 1h20
Distribution
Camille Cottin : La Connasse
Stéphane Bern : Lui-même