Le scénariste et réalisateur James Wan avait su renouveler ce genre vu et revu de la possession diabolique avec Insidious, une oeuvre aussi inquiétante qu'ironique grâce à une histoire surprenante et des personnages bien croqués qui vivaient des situations incroyables. Patrick Wilson, déjà présent dans ce film, interprète avec Vera Farmiga ce couple dont le métier était de combattre des forces démoniaques avec un grand sérieux et sans ironie, ce qui donne une retenue appréciable à leurs performances impressionnantes malgré les situations improbables auxquelles ils sont confrontés. Ils ont été conseillés par Lorraine Warren, toujours vivante et toujours aussi farfelue donc. Car comment peut-on encore oser traiter ce type de récits comme s'il s'agissait d'une histoire vraie ? Pour faire peur ? Hélas, contrairement aux affiches accrocheuses et aux slogans exagérés, The Conjuring n'a rien d'effrayant. La récente relecture de Evil Dead faisait la même promesse non tenue.
Malgré un réel talent de mise en scène et une reconstitution historique de qualité, le film est victime d'un sentiment de déjà vu, L'Exorciste de William Friedkin étant passé par là voici déjà près de quarante ans, sans parler de sa légion de successeurs. Parmi eux, le très supérieur When the lights went out de Pat Holden qui fut présenté lors de l'édition 2012 du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg mais est hélas resté inédit en salles. Les points communs entre ces deux longs-métrages sont d'ailleurs nombreux, autant l'ancrage chronologique pré-Exorciste que la tentative de raconter ces histoires comme s'ils elles étaient réelles, sans réserves, ou encore de piéger la famille nombreuse dans une maison dont ils ne peuvent partir facilement faute de moyens.
Certes, le récit est bien construit et s'appuie sur une montée progressive de la terreur avec en parallèle le travail quotidien des enquêteurs et les premiers signes angoissants dont les membres de la famille Perron sont témoins. Mais aucun cliché du genre ne nous est épargné comme cette idée que déménager est inutile car ' le Mal ' vous suit d'un lieu à l'autre. Après tout normal, car le cinglé est le proprio et pas la maison !. Aucun des vieux trucs pour nous faire sursauter ne sera évité. Il faudra donc supporter les portes qui claquent ou grincent ( oh, mets de l'huile ! ), les pigeons qui s'écrasent contre les fenêtres, les descentes dans des caves mal éclairées, des violons stridents pour créer le malaise, l'explication appuyée par des héros qui comprennent soudain ce qui se passe sans que rien ne le justifie à l'écran, une chute de plusieurs mètres et pas de blessure, des portraits qui tombent du mur, des mains sorties de nulle part qui touchent ou s'approchent d'une victime potentielle qui ne la voit pas, un chien craintif avec des intuitions qui ne le sauveront pas, de la musique cathartique dans le final, comme jouée avec un doigt élégamment posé sur un piano avec la caméra qui s'envole et hop ! le drame est fini... N'oublions pas les portes entrebaillées qui révèlent une personne qui parle à quelqu'un caché par la porte et lorsque la porte est complètement ouverte, rien ! : la fille ne parle à personne. Dark Skies et Mama, pour citer d'autres exemples récents, étaient également victimes de ces effets vieillots.
Pire encore, le récit est victime d'un prosélytisme insupportable et de cette notion lourdement râbachée que Dieu va les sauver, car oui, les Warren sont très croyants et généreux car leurs services sont gratuits... enfin, presque... Tout cela souffre encore plus d'un sérieux de pape et de l'absence de recul de son auteur qui à aucun moment ne remet en question la véracité des faits supposés réels, à l'inverse du film de Pat Holden, voire du Dernier Exorcisme ( le premier volet ) ou encore de Insidious. Cette absence de critique, et la petite griffe sur les journalistes qui émettent des doutes sur la véracité des actions des Warren, laissent penser à une glorification du mensonge, avec ce concept étrange de critiquer les traqueurs d'escroqueries. Cela le rapproche d'ailleurs du succès surprise de cet été, Insaisissables de Louis Leterrier, notamment dans le sort réservé au personnage de Morgan Freeman dans ce dernier. Cette dimension douteuse ne transparaît pas dans les critiques consacrées à ces deux films et pourtant cela crée une gêne, qui ne semble guère assumée par leurs auteurs, comme s'il s'agissait d'un accident de scénario non réfléchi.
Les dossiers Warren sont nombreux comme le montre la pièce où sont stockés les objets glanés lors de leurs missions dont une inquiétante poupée qui devrait faire son retour dans la suite déjà annoncée grâce à son triomphe énorme aux Etats-Unis avec plus de 100 millions de dollars de recettes pour un petit budget de 20 loin des catastrophes industrielles que furent Lone Ranger, RIPD Brigade Fantôme ou Pacific Rim qui ont coûté bien plus d'argent. Le plus intéressant dans ce film serait peut-être de connaître la réponse à cette question que personne ne semble se poser : qui est ce jeune homme assis sur le canapé dans la première séquence et que personne ne semble voir ? Pas de réponse dans le film, et l'effet est plutôt discret. Dommage que le film ne reste pas dans ce trouble autrement plus inquiétant que des personnes qui hurlent pour rien ou des effets d'ombres et de lumières plus ou moins cohérents et guère convaincants.
Pascal le Duff
pas de bonus