Pourquoi Dieu, le destin, le hasard, un petit diable malicieux guide Christina vers le Vietnam ? Qu'est-ce qui l’attend au bout de la route, la marque du passé ou l’arc-en-ciel de l’avenir ? C’est dans l’errance sans fin, la balade sans but qu’elle tombe sur ces enfants de poussières, petites âmes brisées par la société. Jetés dans le caniveau de misère, survivants de l’existence, au jour le jour, heureux de vivre l’heure d’après. C’est le miroir de son enfance. Cette petite fille, à la mort de sa mère, se retrouve comme eux. Fouillant les poubelles de Dublin et chantant dans les bouges, elle ramène de quoi nourrir ses frères et sœurs.
C’est une fille de poussière dans une Irlande sans espoir. Christina connait les lourds horizons noirs du chaos, les sœurs, le travail à la dure quand il se présente. Le mariage prometteur s’achève dans la fuite et l’oubli d’un homme qui l’a bercée d’illusions et la frappe. La vie ne lui épargne rien, marquée au fer rouge par la réalité la plus sombre. Elle subit tout, avant de se redresser, de se prendre en main, et de se retrouver dans un pays qu’hier elle ne situait pas sur la carte. C’est ici que son destin s’accomplit. Elle devient la mère des âmes jetées dans le bourbier du monde. Elle s’accroche, ne baisse pas les bras, grâce à sa ténacité, le rêve d’un havre de paix, d’amour pour ces abandonnés voit le jour. Depuis, « Mama Tina » ne cesse d’ouvrir des centres d’hébergement pour ces « enfants de poussière », dont personne ne voulait.
Trop de misère tue la misère ! À force de jouer la carte larmoyante, Christina Noble finit par nous échapper. La vie de cette gamine abandonnée par un père alcoolique à la mort de sa mère, plus tard jeune fille violée, battue par son mari, possède tout pour construire une grande histoire. Elle finit par se relever et consacrer sa vie à la douleur des autres. Deirdre O'Kane ne joue pas la surenchère et compose une Christina tout en nuance qui évite la lourdeur sur le présent. La Christina Noble Children’s Foundation aide les enfants défavorisés du Vietnam et de Mongolie. Elle travaille depuis plus de vingt ans dans quatre domaines majeurs : l’éducation, l’insertion professionnelle, l’hébergement, les soins médicaux et la lutte contre l’exploitation.
Vénération ou trop concentré sur le portrait de Christina, le réalisateur oublie d’explorer son aspect humanitaire. Il charge le portrait, force le trait, ne profitant pas des moments de bonheur pour donner de la force, porter le récit vers le haut. Le passage rejoignant Philomena de Stephen Frears devient une épreuve de plus. Violée, enceinte, les sœurs voleront son enfant pour le bonheur de ce dernier. Elle ne retrouvera jamais Thomas et cet acte marque sans doute son engagement. Cet enfant qu’elle perd, elle le cherche peut-être dans toutes ces vies sauvées. Elle en dit « Ce qui m’est arrivé n’était pas la faute de Dieu ! Et je ne peux pas dire que les religieuses étaient de mauvaises personnes. Elles étaient persuadées d’agir pour le mieux. C’était une autre époque.
C’est la manière dont on m’a pris Thomas qui m’a vraiment choquée. On ne m’a pas informée, je n’ai pas une seule photo. Rien. » La relation particulière qu’elle construit avec Dieu aurait pu servir de point d’appui pour donner de l’épique, sortir du cadre. C’est une longue succession de malheurs où la force de caractère de la jeune fille tient le cap d’une vie vouée au pire. Nous aurions aimé être saisis, tiraillés, par cette quête, pris au corps, secoués au plus profond ! L’histoire est intéressante et captive, il lui manque ce petit rien de tragédie moderne, portée par l’énergie et le courage, que rien ne sublime. Le souffle épique paraît absent alors qu’il en possède tous les rouages.
Le réalisateur garde un cadre trop conformiste, trop carré, il reste prisonnier de son schéma, hommage académique. C’est dommage, certains passeront à côté de la volonté de nous montrer le constat social d’une misère encore plus grande ailleurs et toujours d’actualité. Conclusion, le film est intéressant pour découvrir le portrait de cette femme hors norme.
Patrick Van Langhenhoven
Bonus:
Interview de l'équipe du film
Making of
Avant-première au MK2 Bibliothèque en présence de Christina Noble et du réalisateur Stephen Bradley
Titre original : Tomorrowland
Titre français : À la poursuite de demain
Titre québécois : Le Monde de Demain 4
Titre de travail : 19525,6
Réalisation : Brad Bird
Scénario : Brad Bird, Jeff Jensen et Damon Lindelof
Direction artistique : Scott Chambliss
Décors : Ramsey Avery
Costumes : Jeffrey Kurland
Photographie : Claudio Miranda
Montage : Walter Murch
Musique : Michael Giacchino
Production : Brad Bird et Damon Lindelof
Société de production : Walt Disney Pictures
Distribution : Monde Walt Disney Studios Motion Pictures
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : Couleur - 35 mm
Durée : 130 minutes
Genre : science-fiction
Distribution
George Clooney : Frank Walker
Hugh Laurie (VF : Féodor Atkine) : David Nix
Brittany Robertson (VF : Camille Donda) : Casey Newton
Judy Greer
Kathryn Hahn : Ursula
Tim McGraw
Thomas Robinson : Frank Walker, jeune