Charlie a le cœur qui éclate, l'esprit qui dérape, le vide qui s'installe à demeure. Il vient de perdre sa mère et le dernier conseil que lui donne le fantôme de celle qui lui donna la vie, c'est de partir à Bucarest ou Budapest. Une attache se brise, une âme passe le Styx et peut-être ailleurs, loin des douleurs, des images de la ville partagée avec sa mère, une autre l’attend. C'est peut-être ailleurs, à Bucarest qu’une vie loin de la douleur se reconstruira. Notre destin est-il écrit dans le grand livre de sable où nous le forgeons un peu plus chaque jour par nos choix ?
Il prend des chemins détournés pour nous ramener sur la voie. Une autre mort, une petite fille en deuil et un bonnet de laine suffisent pour accrocher le voyageur perdu. Charlie joue les petits lutins farceurs, se raconte des histoires. Un violon, une jeune musicienne pleine de secrets et de douleur, il n'en faut pas plus pour plonger au cœur de l'aventure. Il ne découvre pas que la ville, un autre destin, et ce double féminin que l’on quête. Cette âme évanescente nous ramène à une des origines du Tao.
C’est une histoire entre le passé et l'avenir, ici et maintenant, une balade où la mort et la violence s'effacent, vaincues par les sentiments exaltés. Parfois, il suffit d'un peu de musique, d'un ange et de beaucoup de survie, de renaissance pour croire en l'amour. Le piège se referme l’ange devient démon, il est trop tard pour sortir de l'enfer. L’amour déplace les montagnes et le vent de l'espoir souffle à nouveau. Il faudra juste aller au bord du tunnel pour trouver la lumière. Briser les ténèbres, pour que les âmes s'unissent et peut-être échappent à la mort. Le destin prend souvent le visage d'un pauvre type qui se dépasse pour quelque chose qui lui tient à cœur. Un sourire, un visage et l'homme ordinaire se transforment en un ouragan.
Le film raconte comment vaincre le deuil. Charlie se lance dans une course sans fin, pour attraper un rêve. Charlie Countryman prend très vite des allures de conte, une jolie jeune fille en danger dans un pays exotique et ténébreux, la quête de la vie et de l’amour quand la mort a lancé les dés au départ. Un méchant seigneur, Barbe bleue des temps modernes, retient la belle prisonnière. Comme le conte, il devient une leçon de vie, une métaphore à notre quotidien. Qu'est-ce qui importe dans la grande valse de l’existence, quelle fleur planter dans son jardin, quelle route arpenter pour gagner, quel arc-en-ciel ou nuit de ténèbres scellant à jamais notre passage sur cette terre. Charlie doit vivre vite, faire des choix importants qui pèsent sur son existence, ne pas se tromper, laisser le cœur parler.
Au départ trois morts, celle potentielle de Charlie suspendue au fil du temps, prêt à se rompre. Il plonge dans le fleuve, l’eau matrice intérieure, sensation du fœtus à l’intérieur du corps de la mère, commencement. Pour cela il faut aspirer l’air, s’emplir du monde à venir. Nous n’aurons la réponse qu’à la fin. La mort de la mère, dernier lien qui vous tenait debout, dernière île quand l’amour n’apporte pas de nouveau port où ancrer ses certitudes. Charlie ne garde qu’un fantôme qui l’envoie à l’autre bout du monde, la quête est un road movie. La route représente celle de l’intérieur, celle de l’extérieur. Elles sont toutes les deux rapides, vives comme un torrent. La petite vie tranquille éclate, comme la douleur de la perte, les ennuis s’enchainent.
Charlie doit faire des choix, il est seul à décider, plus de recours, que l’avenir à construire. Dernière mort, celle d’un inconnu, hasard ou coïncidence, farce grotesque d’un dieu qui tire peut-être les ficelles de notre destin. Ces trois mortes ouvrent une porte à la vie, claquent le fouet de l’éveil. Charlie, prince charmant en devenir, arpente la terre marquée par les bornes de l’initiation qui chaque fois le grandissent plus. À la fin, il devra affronter le dernier démon tenant sa belle prisonnière pour gagner son cœur et enfin traverser la porte des ténèbres pour entrer dans la lumière. La majorité de l’action se déroule la nuit, long ruban où des lumières clignotent pour indiquer la route au sein de la caverne.
Budapest, Bucarest, deux villes remplies de légendes entre Dracula et le romantisme gothique, néant et amour, ténèbres et lumière, le film est parsemé comme un jardin d’Eden de ces métaphores. Gabi, Gabrielle comme l’ange, est musicienne, joue du violoncelle. La musique est-elle celle des sphères célestes, des anges ou celle de l’amour, de la vie ? Elle marque le récit, parfois rythmée, moderne ou plus ancienne classique petite note excitée ou de Crystal ! Charlie Countryman est bien un conte moderne qui possède tous les éléments pour devenir culte.
Patrick Van Langhenhoven
Aucun bonus
Titre original : The Necessary Death of Charlie Countryman
Titre français : Charlie Countryman
Titre québécois : Kill Charlie Countryman
Réalisation : Fredrik Bond
Scénario : Matt Drake
Direction artistique : Joel Collins
Décors : Adrian Curelea
Costumes : Jennifer Johnson
Photographie : Roman Vasyanov
Son :
Montage : Hughes Winborne
Musique : Moby
Production : Albert Berger, Craig J. Flores, William Horberg et Ron Yerxa
Sociétés de production : Bona Fide Productions et Voltage Pictures
Société(s) de distribution : États-Unis Voltage Pictures
Budget :
Pays d’origine : États-Unis
Langue originale : anglais
Format : couleur - 35 mm - 2,35:1 - son Dolby Digital
Genre : Comédie policière
Durée : 108 minutes
Distribution
Shia LaBeouf : Charlie Countryman
Mads Mikkelsen : Nigel
Evan Rachel Wood : Gabi Banyai
Rupert Grint : Carl
Til Schweiger : Darko
Vincent D'Onofrio : Bill
Vanessa Kirby : Felicity
Melissa Leo : Katie, la mère de Charlie
James Buckley : Luke
Montserrat Lombard : Madison
Lachlan Nieboer : Ted
John Hurt : le narrateur