Chez les Malaussène, c’est un peu comme au Bhoutan, on érige le bonheur comme valeur principale. Pendant que la mère court le monde, elle ne revient que pour accoucher et repartir vers de nouvelles aventures, Benjamin Malaussène s’occupe de la petite famille. Louna la grande sœur fait des études de médecine. Jérémy, le petit scientifique mène des expériences explosives. Thérèse plonge dans les cartes et autres boules de cristal pour découvrir l’avenir de la famille. Le petit dessine des ogres et autres monstres de papier, espérons qu’ils ne prennent jamais vie.
Benjamin possède un emploi d’avenir dans un grand magasin, croisement entre le Bonheur des dames de Zola et la Samaritaine de mon enfance, le Bonheur parisien. Contrôleur souffre-douleur, il a pour fonction de subir les foudres de son patron, un petit nerveux qui le prend comme bouc émissaire. Une grosse dame a un problème avec son frigo, un costaud, il accourt comme le chien de la maison pour prendre en pleine face la tempête de son incompétence. C’est une perle rare ce type là, le frigo crame c’est lui, la machine ne marche pas, encore lui.
Tout se complique quand, sans doute à l’image du paratonnerre, il attire la foudre ! Le décorateur explose dans un grand feu d’artifice, le type de la sécurité carbonise sur son fauteuil, qui trouve-t-on à chaque fois dans cette liste de meurtres ? Benjamin. La police vivier de fins limiers voit donc tout de go notre homme comme un excellent coupable. Heureusement, dans la balance de la justice, une journaliste enquête et la jeune femme qui en pince pour Benjamin fera tout pour le sortir du piège. Ils découvriront, derrière la tapisserie, de pas bien belles choses ma brave dame !
Pas facile d‘adapter l’œuvre de Daniel Pennac et plus particulièrement le premier opus d’une saga qui compte six volumes. Devant l’engouement de Nicolas Bary, l’auteur se laisse séduire. Il devait y avoir du bonheur à adapter cette histoire pour le réalisateur des Enfants de Timpelbach. La difficulté relève d’abord de la construction d’un univers décalé, surréaliste. Il apparaît comme un personnage en plus. Le réalisateur s’en tire plutôt bien, jouant sur le second degré, décalage entre poésie et grand barnum circus, façon BD. La deuxième difficulté c’est la galerie de personnages complexes et un peu barrés. Comme dans celui-ci, nous retrouvons un regard pertinent sur la société de consommation à travers le magasin où évolue Benjamin et le comportement de celle-ci face à cette famille anarchique quêtant le bonheur avant tout.
Raphaël Personnaz apporte à son Benjamin Malaussène tout le côté dépassé dans son métier comme dans sa vie familiale. Chacun semble manipuler ce brave garçon qui souhaite bien faire et surtout éviter à sa petite famille les affres de la DDASS. Tout au long du récit nous avons l’impression qu’il joue de malchance et qu’il ne contrôle rien. La seule chose qu’il maitrise c’est son histoire d’amour avec la journaliste Tante Julia.
Dans une seconde lecture, l’évidence apparaît moins nette et plus nuancée. Nicolas Bary s’éloigne un peu de l’univers de Pennac mais recompose une nouvelle variation, comme Louna, deux personnages en un, Tante Julia la journaliste enquêtrice. Elle reprend complètement la fonction de la famille Malaussène qui menait l’enquête dans le roman. N’oublions pas la touche surréaliste chère à l’univers de Pennac. Nous la retrouvons en partie dans l’atmosphère qu’impose à son décor et son récit Nicolas Bary.
Les dialogues sont un mélange de la verve du romancier et du réalisateur "C'est un salaud de la pire espèce! N'exagérons rien, l'espèce est assez répandue, et sa saloperie excusable puisqu'elle s'en est fait un devoir." Bérénice Béjo apporte une petite note folle au personnage de Tante Julia, plus proche de la BD. A l’inverse de Benjamin, cette maitresse femme ne s’en laisse pas conter. Cette incursion dans l’univers de Pennac semble plutôt réussie, Nicolas Bary retrouve l’univers de l’enfance qu’il semble affectionner. Certains trouveront comme toujours qu’il manque ceci ou cela, nous rétorquerons que le bonheur n’est pas parfait, mais que le film y contribue.
Patrick Van Langhenhoven
aucun bonus