Depuis la mort de ses parents, le petit Paul vit avec ses deux tantes Annie et Anna, deux vieilles dames dignes qui consacrent toute leur énergie à le transformer en pianiste virtuose. Il ne parle plus depuis la disparition de ses géniteurs. Chaque année, de façon régulière, il se lance pour la énième fois à l’assaut d’un concours qui devrait enfin reconnaître son talent. En attendant, il sert d’accompagnateur à nos deux péronnelles qui l’enferment dans un univers où le rêve et l’envie sont absents. Tout pourrait filer comme une étoile dans le ciel, une comète revenant à heure fixe, sans que rien ne bouge. Un jour, Paul pousse la porte de la voisine du dessous, une personne bohème qui transforme son appartement en jardin des merveilles où poussent mille légumes et autres plantes.
Après l’avoir croisée au jardin public avec son chien, il suffit de presque rien, juste un regard, un air qui ne dit pas son nom pour que Paul ose ! Madame Proust, comme l’auteur et ses madeleines, l’emporte au pays des souvenirs à travers une petite tisane spéciale. Les bons et les mauvais se bousculent à votre foire du trône pour raviver le passé. Pour effectuer le voyage, munissez-vous d’un morceau de musique, buvez la tisane miraculeuse, et mangez la petite madeleine d’A la recherche du temps perdu. Paul revient donc en arrière, au pays de l’enfance oubliée, à la mort de ses parents, au temps où tout était possible. Peu à peu le silence se remplit de ce qui manquait à notre jeune homme, des souvenirs sur lesquels bâtir l’avenir. La vie de Paul se transforme et prend les couleurs de l’arc-en-ciel. Les deux vieilles n’accepteront pas facilement qu’il leur échappe. La bataille s’annonce difficile, mais comme le dit le proverbe, « notre avenir nous appartient, tout comme le présent. »
Sylvain Chomet, remarqué avec les Triplettes de Belleville, et l’Illusionniste, est un spécialiste de la BD. Nous lui devons dans les années 90, Léon la Came : "Une charge féroce contre la bourgeoisie industrielle, tissée d'observations acides, de dialogues savoureux, d'un réalisme confondant". Le Monde.
Il se lance dans l’animation avec La
vieille dame aux pigeons où le ton caustique se mélange à la poésie de
personnages sortant de l’ordinaire. C’est exactement ce que nous retrouvons
avec Paul, magnifiquement interprété par Guillaume Gouix, jouant souvent sur la
magie du regard pour nous faire passer les sentiments que les mots n’expriment
jamais assez. Pour son premier film en live, Chomet explore la palette de
l’amour, sa thématique préférée. C’est bien la perte de ses parents qui
condamne notre héros au silence. Depuis, il avance sans but, se laissant guider
par le rêve de ses deux tantes.
Il remonte à sa mère, pianiste virtuose, qui laisse tout tomber pour Attila Marcel, genre de forain du cœur. La première séquence dévoile un petit bijou d’inventivité et de poésie à la Prévert. Le couple remonte la rue et les années passent au rythme de celle-ci changeant avec le temps. Les personnages sortent tout droit de Belleville et de Montmartre, gonflés et aux couleurs prononcées, ils dévorent le monde à pleines dents. Ils sont guidés par leur cœur et leur intuition. Dans cette galerie, les deux vieilles tantes, admirablement jouées par Bernadette Laffont dans un de ses derniers rôles et Hélène Vincent, attirent malgré leur obsession, la sympathie du public. Étouffé par ces deux braves dames, c’est le rêve et la poésie qui ramènent notre héros sur sa route.
Il se trouve condamné par ce passé qu’elles entretiennent dans le sens qu’elles souhaitent lui donner, une réalité tronquée, réinventée. Grâce à la tisane, la musique et une madeleine pour rappeler Proust, en remontant à la source, en découvrant les bons et mauvais moments qui nous construisent, Paul renait littéralement à la vie. Le film aborde, avec magie et tendresse, la notion des souvenirs et comment ils nous permettent, positifs ou négatifs, merveilleux ou ténébreux, de bâtir notre existence. La mise en scène n’hésite pas d’ailleurs à emprunter d’autres voies quand elle aborde le retour en arrière.
Elle mise sur la poésie, une réalité enveloppée dans le papier de nos rêves, la magie d’un monde fluo, semblable aux madeleines ou bonbons de notre enfance. Une fois l’emballage retiré vient la magie du goût et de ce qu’il colporte, comme le colporteur de nos campagnes un bric-à-brac d’objets et de sensations merveilleuses ou utiles. En passant de l’animation au live, Chomet conserve toute sa part d’illusion. Il arrive à nous proposer un moment magique en réinterprétant avec bonheur les images du réel, comme dans ses animations ou ses BD.
Patrick Van Langhenhoven
aucun bonus et c'est dommage
Un film de : Sylvain Chomet
Avec : Guillaume Gouix, Anne Le Ny, Bernadette Lafont, Hélène Vincent, Luis Rego, Fanny Touron, Kea Kaing, Jean-Claude Dreyfus, Vincent Deniard, Cyril Couton, Philippe Soutan, Guilhem Pellegrin, Jean-Paul Solal et Jean-Pol Brissart
Scénario : Sylvain Chomet
Producteur(s) : Claudie Ossard et Chris Bolzli
Producteur délégué : Eurowide Film Production
Producteur exécutif : François-Xavier Decraene
Coproduction : Pathé, France 3 Cinéma, Apploosa Développement. Avec la participation de Canal+, Ciné+, France Télévisions. En association avec Hoche Images, Cofinova 9, Manon 3 et le soutien de la Procirep
Coproducteur(s) : Florian Genetet-Morel
Régie : Christophe Anzoli & Logan Lelièvre
Scripte : Christine Sivan
Directeur de la photographie : Antoine Roch
Son : Jean-Paul Mugel
Montage : Simon Jacquet
Musique : Sylvain Chomet & Franck Monbaylet
Costumes : Olivier Bériot
Décors : Carlos Conti