La couardise d'Albert au cours d'une fusillade donne à sa fiancée volage la bonne excuse pour le quitter et partir avec un autre. Une belle et mystérieuse inconnue arrive alors en ville et aide le pauvre Albert à enfin trouver du courage. Des sentiments s'immiscent entre ces deux nouveaux alliés, jusqu'au jour où le mari de la belle, un hors-la-loi célèbre, découvre le pot-aux-roses, et n'a plus qu'une idée en tête : se venger. Albert aura-t-il le courage nécessaire pour venir à bout du bandit ? *** Révélé au grand public grâce au succès de son premier long Ted, qui est aussi le nom de son héro : un gros nounours amateur de pétard et de femmes à petite vertu, Seth McFarlane revient aujourd’hui avec un projet plus ambitieux mais aussi plus casse-gueule : un western geek à la sauce comique piquante avec romance et gore en accompagnement. A Million Ways To Die in the West (traduit en France : Albert à l’ouest… passons) ne peut pas renier son créateur tant sa patte est omniprésente : gags corrosifs et graveleux, surenchère de pipi-caca, clins d’œil sur l’ « American Way of Life », écueils assumés et humour slapstick, cruel, parfois très violent. Le trublion de la télé américaine ne se refuse aucun excès, qu’il soit dans la blague ou dans la romance ringarde. Cela dit, tantôt tordante, tantôt franchement maladroite, on attend encore la comédie jubilatoire du pourtant brillant créateur d’American Dad et des Griffin.
Avec Albert à l’ouest, Seth MacFarlane s’éloigne de ses « suburbs » si confortables pour s’attaquer au genre originel du cinéma américain : le western. Le but étant de détourner et de pervertir la substance formelle en un argument comique : dans un western, les gens meurent tout le temps, sans raison. Sur ce plan là, on adhère, d’autant que MacFarlane incarne dans cet enfer ouest-américain où l’air respire la mort, un berger outsider, gauche et mauviette. Un anti-héro comme on les aime, proche de nos geeks et autres nerds contemporains. D’ailleurs, le réalisateur-acteur ne se prive pas pour sauter à pieds joints dans les anachronismes les plus absurdes avec caméos savoureux, clins d’oeil et références en tous genres et à nous sortir de je ne sais où des répliques tonitruantes bien à lui.
Malheureusement, en cherchant à inscrire son film dans le spectacle comique familial des années 80, MacFarlane en fait trop, trop long (près de 2 heures), trop d’intrigues, trop de formes d’humour (blagues politiques, parodie, anachronisme…), trop de personnages, trop de stars et trop d’idées à la minute. Très juste quand il pose un regard absurde et décalé sur le Far West, le film s’égare donc dès qu’on traite de la romance naissante, ultra-stéréotypée, entre le héro et la belle, de même lorsqu’on s’éternise sur son parcours initiatique et le long chemin qui le mène au duel final. Ce manque de rythme s’ajoute au manque cruel de savoir-faire de MacFarlane quand il s’agit de mettre en images ses gags. En misant tout sur le verbe, l’acteur-réalisateur ne fait quasiment jamais confiance à l’image et à la mise en scène pour convoquer le rire, ce qui ne fait qu’alourdir un ensemble déjà chargé en accumulations. Pourtant, le casting cinq étoiles ne demandait que ça, de donner de leur corps pour insuffler un peu de tempo comique. On savoure notamment les rôles de Giovanni Ribisi, de Sarah Silverman et de l’hilarant Neil Patrick Harris et on découvre une Charlize Theron parfaite dans le registre comique. Mais on fait surtout la connaissance de Seth MacFarlane, qui réalise ici une première incursion face caméra plutôt réussie.
Tour à tour complètement loufoque et simplement convenu, Albert à l’ouest ne fait pas figure d’œuvre achevée. Seth MacFarlane, très doué dans le gag au demeurant, semble avoir lâché toute sa substance comique en un projet, tout en se complaisant dans les banalités, comme si ses co-auteurs l’avaient ramené de force dans le droit chemin alors que lui fuyait dans la direction inverse. En ressort un beau fouillis tordant oui, mais pas franchement digne de son créateur.
Eve BROUSSE
Bonus
Bandes-annonce