Sécurité rapprochée

http://www.cine-region.fr-mars-2012
Genre:
Film d'action
Pays:
États-Unis
Durée:
1H56
Réalisateur:
Daniel Espinosa
Acteurs:
Denzel Washington, Ryan Reynolds, Vera Farmiga

Comme dirait l’autre, «Les profanes voient les apparences, les connaisseurs voient les astuces». Autrement dit, Sécurité rapprochée est un parfait exemple du film qui hérite d’une promo plutôt maladroite, d’une affiche digne d’un nanar et d’un titre qui bénéficie une fois encore d’une traduction française défavorisante (Titre original : Safe House). Fort heureusement, les têtes d’affiche (Denzel Washington et Ryan Reynolds) ainsi qu’un réalisateur prometteur nous incitent à creuser un peu et à découvrir ce thriller plutôt bien ficelé, divertissant, qui remplit entièrement son contrat de film d’action efficace avec son lot d’onomatopées : Pan-Pan, Crash, Boum.

Matt Weston, jeune agent de la CIA, est affecté à Cape Town comme gardien d’une «planque», lieu secret l’agence accueil ses «invités». Seulement, depuis plus d’un an, il n’a encore reçu aucune visite. En mal d’action, il est prêt à tout pour montrer ce dont il est capable et faire partie d’une vraie mission. Jusqu’au jour où arrive son premier protégé et non des moindres. Tobin Frost, ancien  agent, légende de son état, échappe au contre-espionnage depuis plus de dix ans. Tout ce temps durant, animé par un besoin de vengeance, il monnaye données confidentielles sur les membres de l’Agence et secrets gouvernementaux au plus offrant. Suite à l’attaque de la base par un commando, Weston doit prendre en charge le détenu pour le mener dans un autre lieu protégé. Non sans embuches.

Révélé au grand public grâce au succès de son dernier film Easy Money, le suédois Daniel Espinosa a rapidement été débauché par Hollywood pour pondre une nouvelle histoire. Pour autant, rien à voir avec son prédécesseur, plus grandes traces de la mise en scène si classieuse qui avait su faire la différence et de l’habile face-à-face entre chronique sociale et film noir. Ici, on a choisit la trame du «buddy movie» classique, où débutant et renégat se voient forcés de faire équipe bien malgré eux. A l’image de l’ensemble de la besogne, les personnages sont en terrain connu. Denzel Washington (Training Day, Le Livre d’Eli) n’a pas à fournir le moindre effort tant le rôle de Frost lui colle à la peau. Une fois de plus, il revêtit l’habit du manipulateur sans vergogne (ou presque) au charisme certain et au visage impassible. A ses côtés, le «bleu» Ryan Reynolds (Buried, Green Lantern), plein d’enthousiasme, est à l’aise dans les scènes de baston et à sa place dans l’action mais sorti de là, il est plus proche du cabotin qui attend son coup de pied aux fesses. Néanmoins, le tandem fonctionne bien.

Côté scénario, outre l’ordinaire du propos, on est agréablement surpris par la vraisemblance qui règne face aux course-poursuites, aux pugilats ou au traitement du duo, mais on change rapidement d’avis à l’aube d’une fin malhabile et décevante au regard de l’exercice, qui nous sert sans ciller du trop téléphoné et une conclusion à la morale bienpensante. Dans le genre action-espionnage, si commun soit-il, d’autres avant ont su dépoussiérer (la saga Jason Bourne, Tony Scott). Du moins, c’est ceux qui nous viennent à l’esprit lorsqu’on aperçoit le travail d’Espinosa dans Easy Money. Doté ici d’un budget deux fois supérieur à celui de son précédent ouvrage, Espinosa ne rigole plus et veut mettre les petits plats dans les grands. Dans une surabondance de plans, l’action est filmée avec une caméra à l’épaule nerveuse et assemblée par un montage sous amphétamine non moins léché. La photographie aux tons bleutés nous offre des jeux d’éclairage improbables et un grain grossier qui donne du cachet à l’image. Mais le cinéaste montre surtout ses talents lorsqu’il s’agit de filmer les scènes d’action, notamment la course-poursuite dans les bidonvilles de Langa. Des plans astucieux entrecroisés de séquences exposent au spectateur tout le spectacle escompté.
On retiendra de Sécurité Rapprochée sa qualité et sa crédibilité dans l’action plus que sa fantaisie dans le canevas.

Eve BROUSSE

 

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