J’ai rencontré le diable (-16 ans)

http://www.cine-region.fr-février-2012
Genre:
Drame psychologique
Pays:
Corée du Sud
Durée:
2H22
Réalisateur:
Kim Jee-woon,
Acteurs:
Lee Byung-Hun, Min-sik Choi, Oh San-ha

Tout commence par une route de campagne sous la neige, un pneu crevé et le destin prometteur qui s’efface. Il ne reste que la neige tachée de rouge et une image gravée dans le cœur de ce jeune agent secret. Elle ne reviendra plus, ne portera pas ses enfants et ne lui murmurera aucun chant d'amour. Passée l'horreur, passé le vent de la folie, il ne demeure  que la rage pour tenir debout. A-t-elle supplié pour elle et pour cette promesse à naître ? Il comprend que le calvaire ne cessera qu'une fois le diable retrouvé et abattu comme un mal nauséabond dont il faut absolument débarrasser l'humanité. Il éveille une douleur plus terrifiante que la mort, un  néant qui le ronge et le transforme peut-être en la proie qu’il chasse. Une chose est certaine, la mort pour ce monstre n’est qu’une finalité, la souffrance juste un avant-goût. Il aspire à infliger le supplice éternel, celui qui marque une âme au fer rouge pour les siècles des siècles.

 

Le cinéma fantastique sud-coréen comprend que les images représentent la première manifestation de l'horreur qu'il souhaite distiller. Elles ne suffisent pas à exprimer la totalité et le fond du discours, c'est pourquoi souvent il faut lire entre les lignes, entre les dialogues, entre les intentions pour saisir le message final. Ainsi, une plongée sur le sang jaillissant d'un tuyau, une tête dans l'eau et la foule qui se précipite, marquent profondément le spectateur.  La tête est emportée comme une dernière offrande, protégée comme un trésor de la dernière expression du vivant, représente le silence étouffant la douleur. Comme le moine bouddhiste, le yogi accroché à son sermon, notre héros ne possède plus que cette parole d'honneur : Infliger 1000 douleurs. Elle devient la quête de son éveil, le silence de sa souffrance pour atteindre comme le méditant l’ultime libération. D'ailleurs, une fois celle-ci accomplie, la faille du monstre trouvée, il peut enfin libérer ses sanglots comme un ultime adieu à sa bien-aimée.

 

Jusqu'à cet instant, le film nous entraîne dans une escalade, une débauche, une course-poursuite de souffrance que le tueur considère comme des réjouissances. Comme si toutes ces douleurs n’avaient d’autre raison que de le nourrir. C'est en touchant ce petit fond de bien qui existe, même dans l'être le plus diabolique, que la bête hurle. C'est en trouvant cette faille que le chasseur accomplit enfin sa quête. C'est aussi un regard sur une partie de la société dépravée conduite par ses bas instincts, quand la ligne est franchie et que le diable mène la danse. Notre héros découvre qu'il existe pire qu'un monstre, c'est une meute tout entière. Les autres questions : Faut-il se transformer en monstre devenir plus noir que la bête pour assouvir sa vengeance ? Cela me perd-il définitivement ?

 

 

Le diable a-t-il conscience de sa nature ? Le regret se niche-t-il dans son cœur ? Se situe-t-il au-delà de la douleur et de la peur dans un endroit de l’âme inatteignable ? Il existe peut-être au fond des ténèbres, comme le pensent certains, une parcelle de bonté. Si celle-ci est atteinte, y gagnons-nous notre humanité ? À ces questions majeures, par sa réponse finale, le récit devient beaucoup plus positif et lumineux que le sombre tunnel que nous avons emprunté. C'est en revenant à notre humanité profonde que l'un et l'autre trouveront une sorte de rédemption.

Patrick Van Langhenhoven

 

 

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