Au pays du sang et du miel (-12 ans)
Ajla artiste peintre rejoint sa sœur à Sarajevo, la vie coule ses jours heureux entre les sorties le soir dans les cafés, sa peinture et le bébé de sa sœur. Elle rencontre Danijel, un jeune Serbe qui voudrait devenir policier. Les deux communautés coexistent sans anicroche, les mariages mixtes ne posent aucun problème et peut-être que nos deux tourtereaux pourront rêver plus loin. Pourtant, comme une trainée de poudre qui masque de sa noirceur l’horizon, un vent de xénophobie monte, un chant de haine nourri par le passé. 
Un soir, la salle de bal explose et c’est le début d’un feu que la rage raciste et mauvaise alimentera pendant tout ce conflit. Ajla et Danijel se retrouvent chacun dans un camp, leurs espoirs jetés dans cet incendie qui gronde et enfle. Des miliciens débarquent dans les HLM où vivent Ajla et sa sœur. Malmenées, brutalisées, séparées des hommes que l’on fusille, une partie des femmes est emprisonnée au bon vouloir de leurs tortionnaires. Elles sont violées, considérées comme moins que des animaux, toujours à la merci de leurs bourreaux. L’apocalypse entre dans le jeu et pour certaines, la fin de leur monde s’annonce comme un rêve révolu. Dans cet enfer, Danijel arrivera-t-il à protéger celle qu’il aimait et que tout lui interdit de revoir.
Première réalisation d’Angelina Jolie, elle ne choisit pas la facilité, mais un thème plutôt difficile, la condition de la femme à l’éclatement de l’ex-Yougoslavie. Elle nous livre un vrai récit de guerre, avec une symbolique et une esthétique appuyées, un véritable parti pris d’une mise en scène intelligente. Elle utilise la séquence de rencontre entre Ajla et Danijel pour marquer la frontière par une explosion qui permet au film de basculer dans la belligérance. Tourné dans la langue originale, elle s’appuie sur ses comédiens et leur vécu pour donner force à leurs personnages. Le choix de la photographie, ce ton froid, bleuté, rappelle une photogénie du cinéma yougoslave de la grande époque. 
Elle joue souvent sur le non-dit, première scène de viol, partie de corps, nu ou exposé, mais la violence du choc parle d’elle-même. Elle masque certaines séquences, comme les massacres organisés, un camion passe devant la caméra. Les hommes disparaissent derrière un coin de mur et seuls le bruit des armes et notre imaginaire relié à la réalité de ce que nous avons vu à la télé apporte toute son intensité au sujet. À la fin, elle utilise l’aspect pictural de sa prisonnière, peintre, elle nous propose des cadres semblables aux tableaux de maitres. Ils sont dans la demi-pénombre, jouant du clair-obscur, rejoignant cette symbolique des personnages tiraillés entre la lumière de leur cœur et les ténèbres de leurs communautés. Avec la scène du père, elle se permet même de nous faire comprendre que cette tension vient du passé. Elle remonte sans doute à l’occupation ottomane qui a laissé des traces, appuyée par un nationalisme comme toujours extrémiste et stupide. Elle ne se montre jamais compatissante ou naïve, la réalité accompagne sa caméra, comme la scène de la mort du bébé reposant sur le jeu de l’actrice. Dans sa séquence finale, elle nous donne à lire une métaphore de l’histoire et du conflit. Un premier film fort, une réalisatrice naissante intéressante, avec déjà un sens du récit, une esthétique visuelle et symbolique, tout ceci effaçant les petits défauts d’une première mise en scène.
Patrick Van Langhenhoven
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