Amador
« C’est quand le silence sera vraiment silencieux que vous entendrez ! »
Marcela et Nelson survivent dans la banlieue pauvre d'une ville espagnole. Ils subsistent grâce à la vente de fleurs qu'il récupère dans les poubelles et recycle pour des vendeurs sauvages. Marcella vient d’au-delà des mers, de cette Amérique du Sud autrefois terre de promesses. Un frigo défectueux pousse Marcela à chercher un travail complémentaire pour le remplacer. C'est ainsi qu'elle devient la femme de ménage et la garde-malade d'un vieil homme en bout de course, Amador. Pendant que sa fille et son gendre construisent sur la côte une maison luxueuse, il passe son temps à contempler les nuages et fabriquer des puzzles. Il commence à nouer une relation sympathique avec cette jeune femme. La mort achèvera cette amitié prometteuse. Elle préfère taire la mort du vieil homme pour des raisons bassement financières. Ce dernier a pourtant distillé dans son cœur une graine qui pousse et finit par l'amener à découvrir le vrai sens de sa vie.
Amadorest un film minimaliste où nous avons l'impression que le temps file sans que rien ne se passe. Par moment, ce temps prend son temps, sans s'inscrire dans le cinéma contemplatif, mais simplement parce que la vie est ainsi. S'arrêter à cet aspect à une mise en scène classique, nous priverait du discours intérieur. C'est justement dans ces non-dits, dans ces instants de silence, dans ces choses anodines qu’il nous faut chercher les pièces du puzzle à regrouper. Nous en revenons à cette phrase « C'est quand le silence sera vraiment silencieux que vous entendrez ». C'est quand nous cesserons de voir ce que nous imaginons que la réalité se découvrira à nous. Le puzzle de la vie que l'on assemble représente l'un des thèmes majeurs du film. Amador mort, Marcela continue de réunir les morceaux de celui-ci pour découvrir l'image finale. Elle représente à la fois la fin de son histoire et par l’image dévoilée, elle nous ramène à une parabole du vieil homme sur les nuages.

Les roses possèdent aussi leur importance. Elles sont flétries et jetées à la poubelle mais avec le jeune couple, elles retrouvent une seconde vie. Marcela remarquera qu'elles ne sentent rien, uniquement l'aérosol qu'on leur ajoute comme une société anémique ayant perdu le sens des valeurs. Elle les utilisera pour masquer l'odeur du mort. Pour cette femme pieuse, elles deviennent l’ultime offrande et le rachat de sa faute. Elle est enceinte et son mari ne le sait pas. Elle partage ce secret avec le vieil homme qui voit dans cet enfant son successeur. C'est aussi une parabole sur la mort et la vie, un raccourci de notre existence que nous ne devrions pas gâcher. Excepté la fin, par ses symboliques, par ces phrases, Amador s'avère beaucoup plus intéressant et beaucoup plus riche.
Patrick Van Langhenhoven


